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Publié le 18 Mars 2013

4) Sri Aurobindo : du contestataire au sage (dernière partie)

Aurobindo saisit les limites du mouvement contestataire et arrête en 1910, tout acte révolutionnaire. Car se dit-il, l’indignation et la révolte entraînent finalement plus de fatigue et d’étouffement de son propre être que d’épanouissement pour soi-même d’abord, son entourage ensuite et l’être humain enfin. Il s’aperçoit en effet que, malgré ses efforts, les fortes convictions qui l’animent, son engagement pour une noble cause, ça ne bouge pas aussi vite qu’il le souhaiterait. Il prend alors conscience de cette dualité qui lui paraît bien peu créatrice pour l’être humain. Entre le verbe avoir et le verbe être, il décide alors de se consacrer au second. Enfin tout ça pour dire. Jusque là rien de nouveau.

La rupture…

C’est donc à l’intérieur de cet espace confiné, au sein même de sa cellule où l’homme est « privé » de liberté, qu’il va connaître, tel un yogi dans sa grotte, la transformation.

Un soir, alors qu’il est entrain de méditer, il entend un air mystique envahir sa cellule et ses cellules. Il ressent une énergie douce se propager dans son corps, une sensation visuelle et tactile d’être à la fois dans un ailleurs et un ici en même temps, un moment d’extase profond, un moment où l’on se confond ou fond avec le grand tout. Il reçoit et retrouve à cet instant précis, la présence dans son « être central » de l’énergie divine qui ne le quittera plus. Libérer du voile de ses cellules mentales qui l’obstruent dans l’obscurité de sa conscience, il reprendra avec force et vigueur son cheminement qui l’amènera au yoga (l’union) avec le divin. A partir de cet instant, Aurobindo devient Sri (le sage) Aurobindo.

 

Le souffle divin

Ainsi débute une autre révolution, la révolution intérieure ou mieux dit encore, la révolution spirituelle. Cette dernière a pour finalité la transformation de la nature humaine elle-même. Sauf que pour l’expérimenter, il sera contraint, au sortir de la prison d’alipore (Calcutta), de trouver une autre cellule d’attache. Il descendra alors vers la ville de Pondichéry, colonisée aussi, mais cette fois-ci par les français. Ça ressemble à des colons, ça parle et vit comme des colons mais c’est différent que les colons anglais, c’est français quoi ? En tout cas, là-bas, il peut se retrouver « tranquillou » et c’est ce qu’il recherche pour sa descente dans sa propre chambre intérieure. Il se retrouve donc dans une petite chambre dans le centre-ville de Pondichéry, dans une nouvelle cellule mais pour le coup « monastique ». Car il n’en sortira que 3-4 fois par an durant 15 ans de 1910 jusqu’en 1926 et plus jamais jusqu’à la fin de sa vie (1950). Il expérimentera alors son yoga dit intégral que je vais tenter de résumer super super rapidement.

★ Son cadre théorique et pratique★

Poursuivant à sa manière, la théorie évolutionniste de Darwin ainsi que les différents yogas traditionnels indiens en y proposant une synthèse, Aurobindo pense que l’homme est un être de transition. L’individu, l’être humain tel que nous le connaissons aujourd’hui ne serait qu’une étape dans la phase évolutive qui a commencé avec le minéral, le végétal, l’animal puis l’homme. Aurobindo se questionne de savoir ce que sera « l’homme après l’homme » pour reprendre le titre d’un documentaire sur un continuateur de sa pensée, Satprem. Sa vie durant, il tentera alors en toute conscience de faire passer l’homme, lui- même donc (et peut-être l’humanité), dans cette future étape. Selon lui, le grand saut, le passage à une nouvelle espèce peut et doit se faire grâce à nos capacités spirituelles. A contrario des animaux qui n’ont pu consciemment comprendre qu’ils allaient engendrer l’homme, nous pourrions, nous autres, être capables d’agir consciemment pour passer à un autre stade d’évolution. Pas beau, ça ! Cette révolution spirituelle ne consiste pas à atteindre le divin pour s’arracher ou s’exclure du monde des humains, de nos difficultés ou à sortir du cycle des souffrances et atteindre ainsi le bonheur, le paradis ou le nirvana. Non, elle permet une fois qu’on a touché cet état de conscience divine de faire descendre cette vie divine, qui l’appellera Supramental, sur la Terre, dans la matière, au plus profond de nos cellules. La question que l’on se pose tous et toutes est : (roulement de batterie) Comment y parvient on?

Bon, Sri Auro nous prévient d’emblée, comme nous sommes tous différents, il n’existe pas une seule méthode que l’on devrait suivre à la lettre avec méditation, mantra ou autres prières à réciter. Ok. Cependant, d’après la lecture du livre intitulé le yoga intégral, il existe un chemin, un cadre dynamique et non rigide. Premièrement, le tracé consiste à l’ouverture de soi pour permettre « la force du Divin de se déverser dedans, apportant ainsi la lumière, la paix, l’Ânanda etc. et d’y accomplir la transformation ». Pour s’aider, il nous propose également en entrée du jour: soit de sentir un appel, une aspiration ou de prier ; soit de concentrer sa conscience dans son cœur en appelant le Divin. Une fois ouvert et imprégné par le Divin, il faut faire don de soi, être un canal de cette présence pour qu’elle puisse agir selon ses propres desseins. On sent rapidement ici que ça va être un peu compliqué mais n’abdiquons pas rapidement, on vient juste de commencer. Sacré mental ! Donc, on arrive ici et on l’aura compris sur le chemin de l’effort. L’effort se caractérise par le fait d’être totalement possédé par le Divin. Et lorsque par moments (et c’est normal, nous prévient-il), on y arrive plus ou on ne sent plus sa présence, alors on se cramponne et on fait confiance en cette force divine pour qu’elle s’ouvre à nouveau en nous. Mais, nous devons toujours garder, en notre esprit et cœur, le consentement qu’il nous relie d’une manière libre avec le divin. Ensuite, on rajoute un zest de volonté, d’aspiration, de foi, de patience, de persévérance, de sincérité, de tranquillité, de paix, de calme et de silence. Et si avec tout ça, on ne réussit pas, Aurobindo conseille (et sans jugement) le bistrot du coin et son babyfoot, c’est à dire le vieux monde ou l’ancienne espèce, si on suit sa logique !

Trêve de plaisanterie, je reprends. Après le plat de « résistance », il nous propose l’action, la mise en mouvement qui est essentielle dans la démarche aurobindienne (j’allais écrire aurovilienne). Dès lors, Sri Auro vous déconseille de vous asseoir en tailleur sous un arbre et attendre que ça se passe, ou de regarder votre télé ou internet allumés durant des heures ou de bronzer à la plage ou encore de passer son temps (et même si vous fait du bien) à vous assouplir avec le yoga asana, dit le yoga des postures ou d'essayer toutes les techniques de développement personnel. Non, selon lui, la Sâdhanâ (=pratique nécessitant un effort) repose sur quatre grandes thématiques tournées respectivement vers le divin: le travail, la méditation, l’amour et la dévotion. Je n’en dirai pas plus pour le moment et réserve cela pour le chapitre concernant Auroville. Mais je tiens à préciser, contexte actuel oblige, que le travail est à distinguer de l’emploi, donc amis (es) à la recherche d’un emploi, chômeur (se) de longue durée, retraités (es), ce yoga ne vous exclut pas car il n’est nul besoin d’avoir un emploi pour travailler.

Normalement et si nous sommes assidus(es) et sincères dans notre démarche, nous devrions, toujours selon Sri Auro, commencer à sentir quelques effets de transformation à la fois douloureux -car on ne change pas la nature humaine aussi facilement que ça- mais aussi lumineux. Un conseil d’Auro: focalisez vous pleinement sur le lumineux et arrêtez de ruminer, de rabâcher le douloureux (ça nous dessert).

Résumons rapidement:

Premièrement, nous, en tant qu’individu singulier, portons la responsabilité du changement de la conscience humaine, de la transformation de la nature humaine et de l’advenu du nouvel Homme. Dit autrement, nul besoin de compter sur la politique, sur je ne sais quel président (e), sur la descente d’un sage, messie ou autre pseudo courant, école, club pour nous aider. Nous en avons tous les possibilités même si comme la dit Coluche, pour certains, « ça sera plus dur ». Mais, même pour cette catégorie, tout n’est pas mort car une fois la trame passée, ils basculeront tout de même de l’autre côté mais ça sera plus douloureux. Cette responsabilité doit aussi se manifester à travers nos actions quotidiennes, à travers le travail, notre relation à soi, aux autres, à notre environnement. Je me permets tout de même d’ouvrir une parenthèse. Car je rajouterai que donner la possibilité, à quelques êtres éveillés de former un groupe qui pourrait symboliser cette nouvelle aventure, des personnes bien vivantes, qui seraient des repères, seraient certainement parfaits pour le collectif. Des personnes qui seraient en dehors de tout partie politique, système et autres lobbys, de toute organisation, qui auraient fait le choix consciemment de se retirer de tout parasitage sociétal. Des personnes sur lesquelles, nous pourrions compter de temps à autres pour apporter des éclaircissements sur les conséquences de nos choix politiques ou qui seraient aussi des forces (sages) de propositions. Bref, des personnes spécialisées et expertes en bon sens et qu'il l'expérimente!  Platon, dans la République avait aussi formulé cette histoire de sages, de gardiens, aux commandes. Il se posait même la question de savoir comment les choisir. Peut-être que 2000 ans après, ça serait le moment de concrétiser cette affaire. Peut-être qu'Auroville...

Deuxièmement, la transformation ne passera pas seulement par notre intelligence (pas besoin donc d’avoir fait Harvard, L’X, L’ENA, ST CYR , HEC, d’être membre permanent au club du Siècle ou autres clubs prestigieux que notre société a fabriqué) car la transformation doit passer par notre corps, par la matière même. Ainsi, nous pouvons postuler que sur ce plan là, nous partons au moins sur le même pied d’égalité.

Troisièmement, cette transformation demande une foi absolue en un plan dit supramental, qui est la Conscience-de-Vérité. Pour re-trouver cette conscience supramentale involuée en nous même, nous devons nous éveiller à notre Être psychique (= le divin). Une fois que l’on ressent cet amour puissant, nous devons le faire traverser (en conscience) dans toutes les couches de notre corps, de nos cellules qui sont elles- mêmes traversées par les différents règnes de la vie: minéral, végétal, animal et humain(le mental). Principe alors d’évolution.

Je sens que je commence à m’y perdre voilà un schéma, tiré d'un blog (lien ci-dessous) qui vaut bien plus que des mots surtout quand on est , comme moi, plus cerveau droit !

 

De la matière au surpramental

De la matière au surpramental

Voilà, c’est terminé ! Si vous désirez en connaître davantages sur la vie de ce grand philosophe, poète, sage indien, je vous recommande les sites suivants.

Dans cette dernière partie, nous avons remarqué que Sri aurobindo nous donne un cadre théorique complet mais nous savons bien qu’entre la prescription (ce que l’on nous demande de faire) et le réel (ce que l’on fait), il existe une sacrée différence. Ainsi, le temps est venu d’effectuer la transition avec sa compagne spirituelle qui va jouer, surtout après que Sri Aurobindo ait quitté son corps, un rôle déterminant sur l’expérience même du passage à ce nouvel Homme. Cette femme, la shakti, la bien nommée, Mira Alfassa, qui deviendra par la suite la Mère, nous laisse un héritage hors norme de ses expériences corporelles et spirituelles. Mais d’abord, qui était,"est" la fondatrice d' Auroville?

Rédigé par Martial

Publié dans #cellule, #cellule monastique, #divin, #supramental

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