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Publié le 18 Mars 2013
3) (Suite Sri Aurobindo). Du contestataire au sage.
Voilà que Ghose, expérimente la contestation. Commençant un peu à le connaître, ce n’est pas le genre à faire les choses à moitié. Il s’oppose véhément, milite avec hardiesse, veut changer les gens, le système, le monde. Car, les autres, on le sait bien, n’ont rien compris, n’ont rien vu, n’ont rien expérimenté et "patin couffin"(= etc.). "C’est toujours pareil, ils ne pensent qu’à leur égo, richesses, empire, matières premières se dit-il. » et ajoute « C’est pour cette raison, qu’ils bloquent tout, et encore tout". " De toute façon, c’est encore une histoire de pouvoir, de pognon, de corruption et de prestige, peste t-il à qui veut l’entendre." Jusque là rien de nouveau. Mais lui, pense détenir the Solution. Il nous ferait pas une crise d’adolescence, notre "auro" ?
Commence alors son engagement politique. Il rencontre alors des révoltés, des énervés, des syndiqués, des engagés ou en d’autres termes des personnes qui aiment bien la ramener. Généralement, ce type de spécimen est reconnaissable par le fait qu’il prenne rapidement la parole, laisse peu de place aux autres, les écoute très peu, adore argumenter, raffole des réunions d’équipe, s’exprime d’un ton plus fort et d’un air plus assuré que les autres, s’agite gestuellement beaucoup plus que la moyenne et pense détenir bien sûr la Vérité. Ce sont encore les mêmes, qui se plaignent que leurs collègues ne disent jamais rien et subissent bêtement sans broncher. Ainsi, Aurobindo va participer activement aux réunions, aux débats et va en faire des tonnes. « Avise que nous en Inde, on a les plus grands Yogis; avise que nous, en Inde, on a les plus hautes montagnes du monde ; avise que nous ,on n’a pas qu’un dieu mais pleins, avise que nous en Inde, les vaches, elles sont sacrés ; avise que nous, en Inde, on est végétariens, ; avise que nous en Inde, on est les champions du monde du massage, que notre médecine, elle est holistique, qu’on médite depuis 6OOO ans etc. On s’imaginerait entendre un supporter de l’OM en furie. Petite Pause chant. Chant de supporter : Aux armes ! (Répété deux fois pour une meilleure imprégnation cellulaire d'un chant guerrier chanté tous les samedis soirs dans divers stades de football et qu’on se transmet de génération en génération destiné à l’Autre, l’étranger de son village, de sa ville ou pays qui mérite que collectivement, on l’insulte au soleil couchant car il est à tout jamais, différent de nous.) Ça continue ainsi. Nous nous sommes des bengalais ! (X2) Et nous allons virer les anglais ! (X2) Allez L’OM (prononcer Aom) (X2). Bref, il passe ainsi du côté des pro- ou ultras quelque chose.
Après, sa femme l’engueule, en lui disant: " laisse moi tomber tout ça, toutes ces histoires de mec, viens plutôt avec moi, moi je suis toujours toute seule, il y’en a seulement que pour tes extrémistes de copains et ton frère, tu ne vois même pas qu’il te manipule et tu verras, ça va finir mal" et tout le touin-touin habituel. Jusque là rien de nouveau. Il est tellement bon et se distingue tellement des autres que lorsque un groupe d’indépendantistes, dont son frère, va commettre un attentat. Les anglais pensent que le "cerveau" de la cellule terroriste (Et oui, il a fait Cambridge,) n ‘est autre qu’ "auro". Résultat, du mois de mai 1908 au mois de mai 1909, direction le gnouf, l’enfermement cellulaire. Il ne pourra pas dire, celui là encore, que sa femme ne l’avait pas prévenu. Jusque là rien de nouveau.
Bon là, je tente de me mettre à sa place et celle de sa famille. J’imagine les prisons indiennes à l’époque et lui, en plus, fils de médecin, appartenant à la caste des vachement super, qui avait un destin tout tracé; lui, « l’énarque » indien qui avait tout pour être heureux dans la société; lui, mister Aurobindo en personne, celui qui lit des livres en un éclair, lui the « indian rebel » se retrouve dans sa cellule disciplinaire complètement isolé des autres prisonniers. Et là, il se met à chanter: "les histoires de contestataires finissent mal en général". Il a d’ailleurs raison. L’Histoire te donne et te donnera raison, mon cher Aurobindo. Un copain à toi Gandhi en fera les frais plus tard mais avant il y a eu aussi les Jeanne d’arc, Giordano Bruno, Louise Michel et après les Che Guevara, Martin Luther King, Malcom X, pour les plus connus et j'en oublie mais aussi tous les anonymes, qui au quotidien se battent pour changer leur vie, société, entreprise, association ; qui tentent de se révolter par tous les moyens et qui au final, sont virés, harcelés, mis au placard, non considérés, pas écoutés, battus, menacés, torturés, exécutés, violés, lapidés etc. Bon, je m’arrête car la liste des violences pourrait être longue. L’être humain a beaucoup d’imagination sur ce point là. Il est, comment dire, créatif.
Stop ! Deux minutes –en maison- d’arrêt.
A l’intérieur de sa cellule, « auro » comprend et conclue que pour transformer, ça ne sert pas à grand-chose, de gueuler, de critiquer, de s’épuiser à chercher les arguments pour renverser l’autre, de prendre les armes quelles qu'elles soient, de taper du point sur la table, de montrer que tu « en as » beaucoup plus que les autres ( je sais c’est pas joli, joli comme expression mais nous savons comment le concept de virilité domine notre société), ou de te soumettre (ce qui est vachement encore plus difficile pour lui, eu égard sa personnalité et celle des autres révolutionnaires cités ci-dessus), de montrer que tu en sais plus que les autres ou encore de jouer à la personne super équilibrée, super gentille et très diplomate et qui paradoxalement boue à l’intérieur d’elle-même; ou bien encore, d’être violent, d’aimer à faire peur aux autres, de venir avec des concepts politiques, religieux, philosophiques, scientifiques et des les imposer aux autres, surtout quand on est végétarien face à pleins de « rosbeef »! (Pause, je reprends ma respiration). Non, il réalise les dégâts que peuvent engendrer ce genre d’attitude mentale. Les conséquences peuvent en effet être terribles. Combien d'entre-nous se rappellent des atrocités des guerres et autres conflits narrés par nos grands parents, par nos professeurs d’histoire et autres médias. Nombreuses sont les images du pire, du désastre, de l’horreur que nous gardons en mémoire. Nous portons en nous, dans nos consciences (cellulaire peut-être), dans nos émotions, les images de ces villes, vies détruites, même si géographiquement, elles nous semblaient ou semblent si éloignées: en voici une, parmi tant d'autres, qui m’avait marqué lorsque j’étais enfant : Beirut ou Beyrouth
Harmonie et destruction cellulaire.